Bibliothèque Diderot de Lyon

Affiches et murs peints de la Révolution des Œillets, Portugal 1974

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Affiches et murs peints
de la Révolution des Œillets, Portugal 1974

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Introduction au corpus de photographies
par
Michelle Zancarini-Fournel,
Professeur émérite d’histoire contemporaine
Université Claude Bernard Lyon 1 – UMR 5190 LARHRA

Le corpus iconographique dit « de la révolution des œillets » a été rassemblé et déposé au sein de la Photothèque de la Bibliothèque Diderot de Lyon par le couple Deswarte-Rosa ; ces photographies ont été prises au Portugal au cours de l’été 1975, au moment de l’apogée de l’attrait pour ce pays en lien avec les évènements politiques récents.

Après la Révolution pacifique du 25 avril 1974 accomplie par le Mouvement portugais des forces armées (MFA), des Français - intellectuels, hommes politiques, syndicalistes, journalistes, artistes, cinéastes, ou simples militants des partis de gauche et des groupes d’extrême gauche - en même temps que nombre d’exilés ou émigrés portugais en France, affluent dans le pays libéré du pouvoir autoritaire établi par Salazar dans les années 1930. Dans le moment 68, le pays est considéré comme un laboratoire pour la révolution, du fait de ses expériences autogestionnaires dans les campagnes, dans les entreprises et dans les commissions d’habitants des quartiers populaires[1].

Le regard de Sylvie DESWARTE-ROSA, historienne de l’art et de son époux, le poète luso-américain Alberto ROSA est marqué par leur formation artistique et politique. Au cours d’un périple dans tout le Portugal dans l’été 1975, ils enregistrent par la photographie l’expression politique qui fleurit sur les murs. Héritières lointaines du muralisme du début du XXe siècle qui entendait, après la révolution mexicaine de 1910, instruire paysans et ouvriers par le biais de peintures murales naïves et expressives, les fresques portugaises accompagnées de slogans flanqués des sigles des partis et mouvements de gauche et d’extrême gauche ont été sauvegardées grâce aux clichés pris par le couple. Les murs des maisons ou les palissades deviennent en 1974-1975 supports d’expression et de revendications pour une population saisie par le politique. Slogans, graffiti et affiches se multiplient dans les villes et les campagnes. Au printemps 1975, les modérés (dont le parti socialiste) sortent victorieux des premières élections libres. Mais l’agitation sociale, en particulier l’occupation des terres, des usines et des logements vides, perdure. La concurrence et la surenchère entre parti communiste (PCP) et groupes d’extrême gauche pour donner un cours plus radical à la situation exacerbent les tensions au cours de « l ‘été chaud » de 1975. C’est ce moment qu’enregistrent les fresques murales présentées ici où le rouge domine.

Une des fresques, emblématique, a été relevée dans l’Alentejo (centre-est) sur une maison : paysan, militaire, mineur, femme coiffée d’un chapeau conique, une serpe à la main se donnent la main pour célébrer l’unité du peuple.

Dans les clichés le sigle du PCP (parti communiste portugais) domine les représentations, associé à la faucille et au marteau, au rouge du drapeau et du soleil de l’avenir. Il est parfois attaqué violemment (incendie à Braga en août 1975), contredit et taxé de révisionniste par le Mouvement révolutionnaire du parti du prolétariat, groupe maoïste qui s’exprime surtout à Lisbonne. On trouve aussi à Porto au nord du Portugal ou dans la capitale le sigle du PPD (parti populaire démocratique) avec son slogan « Paix, pain, démocratie » qui entend défendre « le socialisme démocratique ».

Plusieurs fresques ou slogans témoignent de l’importance du problème de la terre : la réforme agraire et l’unité sont exaltées à Evora par l’union du grain de blé et du fusil. Ailleurs le « travail volontaire révolutionnaire » promu par l’UJC (union des jeunesses communistes) est célébré par un paysan qui tend une gerbe à une femme et un enfant. Le Mouvement de la gauche socialiste (MES) prône la révolution socialiste et la réforme agraire. On trouve même à Porto une fresque du PPM (parti populaire monarchiste) au style très différent des autres, placée sous l’autorité du Christ en croix.
Enfin plusieurs slogans montrent une ouverture sur le monde en considérant comme certaine une victoire du MPLA (Mouvement populaire de la libération de l’Angola), et en réclamant, à Porto, l’indépendance nationale contre les impérialismes.

Toutes ces traces laissées dans les villes portugaises et dont l’existence est sauvegardée par les photographies du couple Deswarte-Rosa  témoignent d’une lutte des places entre les groupes pour occuper le terrain. Conservatoire d’une expression politique contestataire elles semblent suspendre le temps.

Le coup d’État manqué des militaires les plus radicaux le 25 novembre 1975 signe la fin de la séquence révolutionnaire et la restauration de l’autorité de l’État.



[1] Victor Péreira, « ‘Allez-y voir, histoire de vérifier qu’on y respire bien la liberté’. Voyages de Français dans le Portugal révolutionnaire », Ricerche Storiche, vol.1, 2016, p.71-81

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