Bibliothèque Diderot de Lyon

Le fonds slave des jésuites

Les fonds Gagarine et Saint-Georges

Le fonds Gagarine

En 1856, à Paris, Ivan Sergueevitch Gagarine (1814-1882), converti au catholicisme et devenu jésuite, est à l’initiative d’une mission apostolique, l’Œuvre des saints Cyrille et Méthode, dont l’objectif est de rallier les schismatiques orthodoxes à l’Église de Rome. Cette entreprise, qui évolue peu à peu vers la mise en œuvre d’un esprit de conciliation entre les orthodoxes et les catholiques, s’appuie sur une documentation réunie progressivement par le Père Gagarine et ses successeurs. Ainsi sont jetées les bases du futur fonds slave des jésuites, appelé alors Musaeum slavicum, ou encore bibliothèque des saints Cyrille et Méthode, puis ensuite Bibliothèque slave de Paris.
Cette bibliothèque, dirigée jusqu’à la fin du XXe siècle par des membres de l’ordre de Saint- Ignace, se développe et s’enrichit au fil des décennies. Elle connaît une histoire mouvementée, reflet de l’histoire de la France, de la Russie et du monde, et de celle de la Compagnie de Jésus. Dans les années 1980, la bibliothèque unit son sort à une autre bibliothèque jésuite, désignée sous le nom de fonds Saint-Georges.
Avec le Père René Marichal, la Bibliothèque poursuit son développement, grâce à des échanges avec l'Union soviétique. Le classement des collections est considérablement amélioré. Le rapprochement se fait avec le Centre d'études russes de Meudon. En 1982, la Compagnie de Jésus réunit la Bibliothèque slave de Paris à celle de la Bibliothèque du Centre d'Etudes Russes Saint-Georges pour former la Bibliothèque slave de Meudon.

Le fonds Saint-Georges

En 1920, à Constantinople, un petit groupe  de jésuites s’émeut du sort des émigrés russes qui fuient la guerre civile et les bolchéviques. Elle apporte à ces exilés un encadrement matériel, culturel et spirituel, dans un environnement qui devient l’Internat Saint-Georges. La communauté de Saint-Georges quitte la Turquie, réside pendant deux décennies en Belgique, avant de s’installer à Meudon après la deuxième guerre mondiale. Etablissement scolaire pour le primaire et le secondaire, l’internat devient dans les années 1970 le Centre d’études russes de Meudon qui accueille des étudiants, français et étrangers, qui souhaitent parfaire leur connaissance de la langue et de la civilisation russes. Dès ses origines cette institution développe sa propre bibliothèque.

Fonds Gagarine et fonds Saint-Georges forment la Bibliothèque slave de Meudon. En 2002,  la Province de France se voit contrainte de confier cette bibliothèque à d’autres mains que les siennes. Les collections de sciences humaines sont accueillies par la bibliothèque de l’ENS de Lyon et celles de Lettres et arts par la Bibliothèque municipale de Lyon (BM de Lyon). Une convention de dépôt est signée entre la Compagnie de Jésus et les deux institutions récipiendaires, engageant les différentes parties pour une durée de cinquante ans. A la Bibliothèque de l’ENS, les collections jésuites prennent le nom de fonds slave des jésuites.
En 2008 les documents déposés à la BM de Lyon rejoignent ceux de la bibliothèque de l'ENS de Lyon. Cette unité retrouvée de l’ancienne Bibliothèque slave de Meudon est officialisée en 2010 par une nouvelle convention qui renouvelle pour cinquante ans l’engagement des deux parties.

L'histoire d'une bibliothèque jésuite

Hommes de foi et hommes de sciences, tous ceux qui furent à la tête de la bibliothèque slave jusqu’aux années 2000 - Ivan Gagarine (1814-1882), Evgueni Balabine (1815-1893), Ivan Martynov (1821-1894), Paul Pierling (1840-1922), Marie-Joseph Rouët de Journel (1880-1974), François Rouleau, René Marichal - ont été des chercheurs tout autant fidèles à leurs convictions religieuses qu’épris de culture russe et européenne. Leur vie et leur œuvre sont emblématiques des grands courants de pensée qui traversent la vie intellectuelle de l’Europe aux XIXe et XXe siècles. L’instrument documentaire qu’ils ont construit durant des décennies s’inscrit dans la grande histoire des bibliothèques jésuites. Objets d’étude en soi, les fonds Gagarine et Saint-Georges restituent un des pans de l’histoire de la transmission du savoir. Ils apportent des éclairages fondamentaux à l’étude des religions, à celle des systèmes philosophiques et politiques, et à celle de la circulation des idées dans l’espace européen, occidental et oriental.

L'histoire des religions et celle de la Compagnie de Jésus

Initiées dans le but d’unir catholiques et orthodoxes, les collections sont donc particulièrement riches de documents sur ces deux communautés et sur leurs relations : doctrines et spiritualité orthodoxes, présence catholique en Russie, relations entre l’État russe et le Vatican, union des églises et œcuménisme, renouveau de la spiritualité orthodoxe à l’Institut Saint-Serge entre les deux-guerres à Paris, histoire de l’Église russe, répressions et dissidences religieuses durant la période soviétique. Elles abondent en sources originales sur l’histoire singulière des jésuites en Russie, sur les moments phares de l’histoire russe où les deux communautés se sont affrontées, comme pendant les Temps des troubles (fin XVIe-début XVIIe). Elles illustrent aussi cette période heureuse de la Russie de Catherine II qui permet à la Compagnie de Jésus, dissoute en 1773 par le pape Clément XIV, de continuer à exister et d’être officiellement rétablie en 1814.

La civilisation russe

De multiples imprimés, monographies, revues et journaux, des documents iconographiques, embrassent la peinture de toute une civilisation : histoire russe, pensée russe – courants slavophiles et occidentalistes, libéraux, marxistes, dissidents, eurasiens… Les questions-clés de la construction de l’identité russe – le dilemme Orient/Occident, les liens entre l’État et la religion, l’abolition du servage, 1917, l’histoire soviétique – sont largement documentées.
L’exil russe du XIXe siècle et l’émigration russe du XXe sont des thématiques fortes des collections : essais, témoignages, œuvres philosophiques et littéraires, articles de revues, brochures sur la vie associative des émigrés, autant de sources pour éclairer le dynamisme d’une communauté très diverse qui a tout particulièrement irrigué et nourri la vie intellectuelle et culturelle française de l’entre-deux-guerres.
De nombreux ouvrages, publications du XVIIIe siècle à aujourd’hui – dictionnaires, terminologies, grammaires, méthodes de langue – permettent d’étudier la langue russe. Un corpus de plus de 10 000 volumes, en langue originale comme en traduction, accompagné de biographies et d’ouvrages critiques et toujours enrichi aujourd’hui, illustre la création littéraire russe depuis ses origines.
Toutes les formes de création artistique s’affichent aussi dans les collections. Beaux-livres, biographies, études des différents courants, gravures, cartes postales, donnent à voir la richesse et la diversité de l’art russe, de l’architecture à la peinture et aux arts décoratifs, sans oublier le théâtre et le cinéma.

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Le regard de l'Europe sur la Russie, l'histoire européenne

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Dès ses origines, la bibliothèque de Gagarine trouve sa place dans le monde savant français qui s’intéresse aux questions russes et slaves. A travers la documentation se dessine la construction de la slavistique française dont les nombreux écrits sont souvent dédicacés aux directeurs successifs du fonds jésuite. Il faut noter aussi la richesse du corpus littéraire en traduction qui permet d’étudier la réception en France des œuvres des écrivains russes.
Abondé largement par des publications issues de France, d’Allemagne, d’Italie, d’Angleterre, le fonds jésuite reflète l’histoire du livre européen et restitue le regard de l’Europe occidentale sur la Russie.
Les grandes questions du XIXe siècle sont largement étudiées : la construction européenne après 1812, la montée des nationalismes, ou encore l’empire ottoman et la question d’Orient. Les fonds sont aussi particulièrement riches sur l’histoire de la Pologne et sur l’ensemble de l’Europe centrale et orientale, ainsi que sur la sphère soviétique du XXe siècle.
La lecture du communisme jalonne également la documentation, depuis les textes des premiers marxistes en passant par les écrits des compagnons de route, sans oublier les récits des voyages des intellectuels en URSS, jusqu’aux débats et luttes qui traduisent les thématiques du totalitarisme – la répression, la terreur, le goulag et les camps, leurs représentations et leur mémoire.

Pour aller plus loin

L'histoire du fonds slave des jésuites et son fondateur :

René Marichal, « Ivan Sergeevi Gagarin, fondateur de la Bibliothèque slave », colloque Les Premières Rencontres de l'Institut européen Est-Ouest, Lyon, ENS LSH, 2-4 décembre 2004. Disponible en ligne [consulté le 24 novembre 2014]

Anne Maître, « La construction des fonds slaves d'hier à aujourd'hui », journée d'étude Une bibliothèque russe en France, ENS de Lyon, le 23 novembre 2010. Disponible en ligne [consulté le 24 novembre 2014]

Les collections ont fait l'objet de plusieurs expertises réalisées par des chercheurs disponibles en ligne sur le site de l'Institut européen Est-Ouest :

Sergueï Fomine, maître de conférences habilité à diriger des recherches en littérature à l'université linguistique d'État Dobrolioubov de Nijni-Novgorod, a effectué l'expertise des collections « émigration » du fonds slave des jésuites.

Marie-Pierre Rey, professeur d'histoire russe et soviétique à l'Université Paris I-Panthéon-Sorbonne, a réalisé l'expertise des collections de la bibliothèque Gagarine.

Natalia Avtonomova, directeur de recherches à l'Académie des Sciences de Russie, a expertisé les collections de philosophie et de pensée religieuse.

Tatiana Ligoune, directrice adjointe chargée de la Recherche de la Bibliothèque scientifique de l'Université d'État de Saint-Pétersbourg, a signé l'expertise des livres anciens et contribué à leur prochain catalogage.

Jérémy Lambert (Université Lille III-Charles de Gaulle) a expertisé les ouvrages consacrés au domaine polonais.

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Anne Maître
Responsable des fonds slaves
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