Bibliothèque Diderot de Lyon

Une Patagonie abandonnée - Exposition virtuelle

La Desdemona
Cap San Pablo, Tierra del Fuego, Feb. 2o1o
ARGENTINA

"De nouveau il entendit les oiseaux. Leurs cris lui rappelaient la terre. Il sourit doucement. Puis il se leva d'un bond et lança un coup d’œil confiant dans la direction d'où venaient les cris. Il ne détourna pas les yeux pendant un long moment. A quelques milles du canot, immobilisé par son échouage, se trouvait le bateau qu'il avait abandonné onze jours auparavant. Les mouettes le survolaient comme des vautours affamés."

Le naufragé des étoiles / Eduardo BELGRANO RAWSON ; traduit de l'espagnol (Argentine) par André DE LOS SANTOS. Arles : Actes Sud, 1998


Tree
Tierra del Fuego, Feb. 2o1o
ARGENTINA

"Le tilleul est un tout petit arbre, élégant, au tronc mince, qui semble toujours jeune. Sur la place de Pringles, en plus de dix mil tilleuls de ce genre, normaux, il y en avait un qui, par un étrange caprice de la Nature, était devenu énorme, vénérable, le tronc biscornu, la cime impénétrable ; vingt autres tilleuls mis bout à bout n’auraient pas rivalisé avec celui-ci. Je l’avais baptisé du nom de Tilleul Monstrueux. Je le regardais avec une certaine crainte, ou du moins, avec respect, mais aussi avec tendresse, car, comme tous les arbres, il était inoffensif. Personne n’avait vu ailleurs un tilleul de cette taille, et nous, les habitants de Pringles, le considérions comme un monument louant la singularité de notre village. C’était une aberration, mais grandiose, avec la majesté exotique de ce qui est unique et éphémère."

El tilo / César AIRA. Rosario : B. Viterbo, 2003
Traduit de l’espagnol (Argentine) par François BRUNET (Master Traduction Littéraire et Edition Critique – Université Lumière Lyon 2)


French Valley
Torres del Paine National Park, Mar. 2o1o
CHILE

"Le soleil n'était pas encore couché quand nos atteignîmes le pied de la corniche au-dessus de laquelle pendait la Pierre, telle une main déchiquetée. Le premier à l’apercevoir fut Jacinto le Devin, qui marchait en tête. Il cria et pointa un doigt tremblant sur l'effroi de l'horizon. La petite troupe rugit. Certains tombèrent à genoux. La pierre gigantesque surplombait l'abîme. Semblait flotter au-dessus des rochers, comme maintenue en l'air par des fils invisibles qui l'empêchaient de tomber. Elle devait mesurer largement vingt mètres sur cinq et peser plusieurs tonnes. Soudain, une douce brise se leva et je craignis de voir la magie se rompre et la pierre s'effondrer, nous entraînant dans sa débandade. Mais pas du tout. Rien ne se passa. Ou plutôt si : nous tombâmes tous à genoux pour prier. Tous sauf le Papa Dieu, qui, drapé dans sa tunique, avait les bras ouverts au vent, tenant fermement son bâton, tel un patriarche annonçant la fin du monde et le salut des élus."

Sous la pierre mouvante / Néstor PONCE ; photographies de Pablo AÑELI ; traduit de l'espagnol (Argentine) par Claude BLETON. Manosque : le Bec en l'air, 2010


Motor Grader
Puerto Deseado, Santa Cruz, Feb. 2o1o
ARGENTINA


Renault Torino
Puerto Deseado, Santa Cruz, Feb. 2o1o
ARGENTINA


Bus
Puerto Madryn, Chubut, Jan 2o1o
ARGENTINA


Boats
Harberton, Tierra del Fuego, Feb. 2o1o
ARGENTINA

"- Rosendo, est-ce que vous savez lire ce que veulent dire les nuages ? Ceux-là par exemple : qu’est-ce que vous voyez ?
Il les regarda s’étendre vers le couchant, une chaîne formée d’échines de laine pure et de ventres de cuivre, illuminée par les derniers rayons du soleil. Il se remémora à cet instant la plus surprenante apparition qui lui fut donné de voir dans ses voyages à travers la Pampa.
- Un train.
- Et voilà. Pour moi en revanche, on dirait des bateaux. Une escadre.
- Je n’ai jamais vu de bateaux. Alors quoi, on ne peut pas savoir ce qu’ils disent ? Ils sont quelque chose de différent pour chacun de nous ?"

El sueño del señor juez /Carlos GAMERRO. Madrid : Veintisiete Letras 2008
Traduit de l'espagnol (Argentine) par Aurélie BARTOLO (Prix de la meilleure traduction Master Traduction Littéraire et Edition Critique promo 2011-2012 – Université Lumière Lyon 2)


Football pitch
Bajos Caracoles, Santa Cruz, Mar. 2o1o
ARGENTINA

"Le football m’a sauvé de bien des choses. D’être l’adolescent phtisique, apprenti-poète, martyrisé dans la cour par tous ses camarades. De ne pas pouvoir échanger plus de trois ou quatre grognements vaguement syntaxiques avec la plupart des représentants du genre masculin ; cette espèce brusque et hermétique avec laquelle j’arrivais rarement à me sentir à l’aise. Le football m’a aussi sauvé du risque d’ignorer mon corps, moi qui avais tendance à divaguer de trop. Il m’a appris que tant qu’à courir, autant que ce soit vers l’avant. Que l’on tacle presque toujours ce qui est beau. Le football m’a appris qu’il ne faut pas se battre seul. Et que nos rivaux, hélas, nous ressemblent toujours trop."

Una vez Argentina / Andrés NEUMAN. Barcelona : Anagrama, 2003
Traduit de l'espagnol (Argentine) par Lucie MAUREL PETETIN et Anaïs KASBACH (Master Traduction Littéraire et Edition Critique – Université Lumière Lyon 2)


Roaming dog
Harberton, Tierra del Fuego, Feb. 2o1o
ARGENTINA

"Lundi, Vicente est allé voir les ouvriers. Il devait descendre toute la rue principale et, alors qu’il allait en direction de la préfecture de police, il sentit une bouffée de chaleur et le regard des gens qui s’arrêtaient pour l’observer : c’était le docteur Vera qui passait, barbe et manteau marron, il venait d’arriver, on l’avait envoyé à cause de cette histoire de grève, il était très radical, très jeune. Le docteur Vera. Il devait aller… Mais où devait-il aller ? Par là, le tribunal. La Banque de Londres. Mais habillé comme ça? En passant devant le König, il s’aperçut qu’on le montrait du doigt depuis une table et les laissa faire sans se retourner. Depuis son arrivée au village, le premier jour, ça devenait quotidien, ça arrivait n’importe quand et il fallait s’y faire. C’était un mélange de curiosité et d’admiration pesante, et il ne savait pas s’il devait se sentir flatté ou harcelé. Il s’était retenu à plusieurs reprises de dire aux gens : « Qu’est-ce que vous regardez ? » – ce serait amical –. « Vous aimez ma barbe ou vous pensez qu’elle est fausse ? » – et, face au désarroi inévitable de l’autre – : « Touchez-la, Touchez-la ! – proposerait-il –. Pendant que vous êtes encore en vie ». Mais ça resterait amical et il était fonctionnaire et se trouvait en Patagonie, pas à Buenos Aires. « Dans le sud », se rappela-t-il, et donna un coup de pied dans un caillou en montant sur le trottoir, mais pas avec enthousiasme, mais avec la scrupuleuse indignation d’un riverain qui ramasse les feuilles qui encombrent le trottoir. Il ne supportait plus le manteau, donc il le retira, le plia sur son bras et se mit à marcher comme sur la Rambla l’été 1917. Le soleil était une très douce tache jaune qui se répandait dans cet immense ciel qui n’avait ni veines ni pliures. C’était une grande vitre, ce ciel-là, très différent de celui de Buenos Aires. « Propre » se dit alors Vicente en laissant le soleil lui tiédir le visage."

Los dueños de la tierra / David VIÑAS. Zaragoza : Las tres sorores, 2006
Traduit de l'espagnol (Argentine) par Nouredine ALOUI et Bruno ROGERO (Master Traduction Littéraire et Edition Critique – Université Lumière Lyon 2)



Twilight
Jaramillo, Santa Cruz, Jan. 2o1o
ARGENTINA

"C’est ici que je prends congé, je rentre
chez moi, dans mes rêves,
je rentre en Patagonie là où
le vent vient cogner aux étables
et les embruns sont de glace.
Je ne suis rien qu’un poète : vous tous je vous aime,
je vais errant dans ce monde que j’aime :
dans ma patrie on emprisonne les mineurs
et les juges s’en remettent aux soldats.
Mais c’est jusqu’aux racines que j’aime
ce petit pays froid qu’est le mien.
Si je devais mourir mille fois
c’est là que je veux mourir :
si je devais naître mille fois
c’est là que je veux naître,
près de l’araucaria sauvage,
de l’implacable vent du Sud,
des cloches nouvellement acquises.
Que personne ne pense à moi.
Pensons à la terre tout entière,
en tapant sur la table avec amour.
Je ne veux pas qu’à nouveau le sang
imbibe le pain, les haricots noirs,
la musique : je veux qu’ils viennent
avec moi, le mineur, la fillette,
l’avocat, le marin,
le fabricant de poupées,
qu’on entre dans un cinéma et qu’on en ressorte
pour aller boire le plus rouge des vins.

Je ne viens pas avec la solution.

Je suis venu ici pour chanter
Et pour que tu chantes avec moi."


Canto general / Pablo NERUDA. Madrid : Cátedra, 2000
Traduit de l'espagnol (Chili) par Lucie MAUREL PETETIN et Mila Christel BATHURT (Master Traduction Littéraire et Edition Critique – Université Lumière Lyon 2)



Landscape
Outskirts of Sarmiento, Chubut, Feb. 2o1o
ARGENTINA

"Ce désert, tout comme le désert plus vaste que nous explorerons avec Angélica ces prochains jours, est un lieu où l’homme ne peut survivre sans contact avec le monde extérieur. À commencer par l’eau. Après seulement deux jours de voyage, je commence à déceler quelque chose de cette terre hermétique et hostile. On peut s’immerger dans la mer ou ressentir l’atmosphère accueillante de la forêt, mais le désert, lui, nous rappelle sans cesse les distances : entre soi et les pierres, entre soi et la prochaine et lointaine communauté humaine, entre soi et sa propre ténacité. Le désert n’offre pas même l’illusion d’être un jour autre chose qu’un intrus."

Memorias del desierto / Ariel DORFMAN ; traducción del inglés de Eduardo HOJMAN y Angélica MALINARICH-DORFMAN. Barcelona : RBA revistas, 2004

Traduit de l'espagnol par Aline BENCHEMHOUN et Anaïs KASBACH (Master Traduction Littéraire et Edition Critique – Université Lumière Lyon 2)



Wind molded tree silhouette
Outskirts of Sarmiento, Chubut, Feb. 2o1o
ARGENTINA

"En ces lieux, à l’heure où le soleil est au zénith, la plaine infinie offrait aux voyageurs d’étranges visions. Les plus infimes ondulations au sol prenaient, pour l’œil, d’extraordinaires proportions et le mirage donnait aux chaumes l’apparence de palmiers, parsemant d’invraisemblables oasis cet océan de prairies. Les plus rêveurs verraient scintiller à l’horizon, faite d’or et de splendeur, l'imaginaire Cité des Césars, ou bien penseraient pouvoir surprendre l’un d'entre eux dans un galop aérien vertigineux, le confondant avec l’indien qui, au loin, poursuivait une autruche à cheval."

Obras completas. III : Los Césares de la Patagonia/ Ciro BAYO. Madrid : Fundación José Antonio de Castro, 2007

Traduit de l'espagnol par Delia GUIJARRO ARRIBAS et David RIQUELME JARAMILLO (Master Traduction Littéraire et Edition Critique – Université Lumière Lyon 2)



Platform
Puerto Deseado, Santa Cruz, Feb. 2o1o
ARGENTINA

"La gare de Jaramillo est un édifice en bois peint en rouge. L'architecture a une légère touche scandinave. Les tuilettes finement découpées qui ornent les gouttières se balancent dans le vent ; il en manque beaucoup et celles qui restent tomberont sans qu'une main se soucie de les fixer ou de les remplacer.

Jaramillo se réduit à la gare de chemin de fer et à quelques maisons, mais le train s'y arrête pour se ravitailler en eau. Et cette eau semble l'essentiel de ce lieu. C'est pourtant ici que subsiste la mémoire tragique de la Patagonie, une mémoire paralysée sur l'horloge de la gare, arrêtée à neuf heures vingt-huit."

Le neveu d'Amérique / Luis SEPÚLVEDA ; traduit de l'espagnol (Chili) par François GAUDRY. Paris : Métailié, 1996

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